25/05/12

Fassbinder, la mort en fanfare


paraît le 12 septembre prochain chez Payot/Rivages dans la collection de Jean-Philippe Rossignol


Qui ne fait mieux que sa vie



Jeudi 31 mai, je fais une conférence à l'Ecole doctorale de Toulouse, autour des vies imaginaires :


Comment parler de la vie de Goya, de Héliogabale, de Descartes, ou d’un autre, plus obscur, qui vivait près d’eux ? Comment aborder les documents ? Comment négocier entre vérité et invention ? Quel putsch interprétatif et énonciatif est nécessaire ? Quelle est cette passion suspecte qui nous porte vers ces anciens, ces plus grands que nous ?

Tous les détails ci-dessous :


06/04/12

berlin alexandeplatz


Et le moment tant attendu arrive finalement vendredi. On frappe à la porte. J’crois qu’on a frappé. Et comme elle ouvre et ne voit rien encore, parce que dans sa hâte elle a oublié de tourner le commutateur, elle sait aussitôt qui c’est. Et c’est le grand, celui qui a toujours des grands airs, il veut causer un peu à son mari, et il est très sérieux et très froid. Elle est horrifiée : est-ce qu’il serait arrivé quelque chose ? Il la rassure : « Non, il s’agit d’une discussion purement professionnelle », et il raconte là-dessus deux ou trois choses sur la disposition des lieux et qu’on n’a rien sans rien et ainsi de suite. Ils s’asseyent dans le séjour, elle est bien contente qu’elle l’a à la maison, et maintenant Paul pourra plus dire que c’est elle qui l’a effarouché, et elle dit qu’elle n’a jamais dit autre chose, depuis toujours, et le contraire n’est pas faux non plus, on n’a rien sans rien. S’ensuit une longue discussion au cours de laquelle il apparaît qu’ils disposent tous les deux d’arguments qu’ils tiennent de leurs parents, grands-parents et ascendants des branches latérales, et qui tous disent une seule et même chose : savoir qu’on n’a rien sans rien, précisément, jamais, on pourrait presque le jurer, tant c’est certain, et ils étaient bien là-dessus du même avis. Ils se donnaient l’un à l’autre des exemples, à la file, puisés dans leur propre passé, dans le voisinage, et ils en étaient là quand tout à coup on sonna à la porte et que deux hommes, qui se présentèrent comme des agents de la police judiciaire, pénétrèrent dans le vestibule flanqués de trois employés des assurances. L’un des agents s’adressa sans préambule au grand : « Vous êtes monsieur Gerner, il faut que vous nous donniez un petit coup de main, c’est à cause de tous ces cambriolages là derrière dans la cour. Je voudrais que vous participiez à cette surveillance exceptionnelle. Ces messieurs de la maison de commerce prendront naturellement en charge tous les frais avec l’assurance ». Ils parlent dix minutes, la femme entend tout, à 12 heures ils fichent le camp. Et les deux survivants se sentirent alors si soulagés qu’il se produisit entre eux, vers les une heure, quelque chose de parfaitement indicible, qui défie toute description et dont tous les deux, ensuite, eurent il est vrai bien honte. Car la femme avait trente-cinq ans et lui peut-être vingt, vingt-et-un. Mais ce n’était pas tant la différence d’âge – et que lui mesurât 1 mètre 85, elle 1 mètre 50 –, plutôt le simple fait que cela advînt, quoique tout ce fût passé comme ça entre les discours et l’excitation et la joie du bon tour joué aux policiers, et tout bien pesé ce n’était pas mal du tout, du reste, juste gênant après-coup, tout du moins pour elle, mais enfin, ça se tasse déjà. Toujours est-il que monsieur Gerner trouva à son retour, à 2 heures, une situation et une atmosphère chaleureuse, indescriptible, jamais il n’aurait cru la chose possible. Tout de suite il fut au diapason.

(Berlin Alexanderplatz, Döblin, traduction : Olivier Le Lay – Gallimard, 2009)


03/04/12

Les autres êtres humains, je les rencontrai dans le sens opposé en cessant d’aller au lycée que je détestais pour me rendre au lieu de mon apprentissage, ma planche de salut, contre toute raison, en cessant d’aller vers le centre de la ville par la Reichanhaller Strasse avec le fils d’un haut fonctionnaire pour me diriger vers la périphérie par la Rudolf-Biebl-Strasse avec le compagnon serrurier de la maison voisine ...

(La cave, Thomas Bernhard)

Noémi Lefebvre

a un blog et c'est ici et on y va tout de suite parce que c'est très férocement drôle, comme du noémi lefebvre justement:
https://blogs.mediapart.fr/blog/noemi-lefebvre/280312/incivilises

01/03/12

Festival Sidérations - revue Espace(s)

Dans le prochain numéro de la revue Espace(s), édité par le Centre nationale des Etudes spatiales, je publie un texte autour de la notion de Huis Clos.
Il y est question d'errance urbaine, de paranoïa, de L'Armée des ombres et de Marlon Brando, mais pas de Mohamed Ali. Je n'ai pas réussi à placer Mohamed Ali cette fois.

Je lirai ce texte le dimanche 25 mars, au CNES, pendant le festival Sidérations.
Le programme complet se trouve ici:
http://www.cnes-observatoire.fr/memoire/creation_artscene/10_festival-sideration2012/festival-sideration_programme.html

Revue des livres # 4

Dans le numéro 4 de la Revue des livres, je publie une recension du livre de Pascale Casanova, Kafka en colère.
La revue est disponible en kiosque dès aujourd'hui.

Le sommaire complet :

■ STATHIS KOUVÉLAKIS, Grèce : destruction programmée d’un pays – Entretien

RAPHAëL KEMPF, Quand les socialistes libéraient la finance – à propos de Rawi Abdelal, Capital Rules

SCOTT McLEMEE, trad. C. Jaquet,
Le nouvel assassinat de Léon Trotski – à propos de Bertrand Patenaude, « Robert Service. Trotsky: A Biography ; David North. In Defense of Leon Trotsky » (The American Historical Review)


YVES CITTON ET SASKIA WALENTOWITZ,
Pour une écologie des lignes et des tissages – à propos de Tim Ingold, Une brève histoire des lignes ; The Perception of the Environment. Essays on Livelihood, Dwelling and Skill ; et de Being Alive. Essays on Movement, Knowledge and Description


YOLÈNE CHANET ET JOSÉPHINE GROSS, Et mes seins, tu les aimes ? – à propos de Mona Chollet, Beauté fatale

NADÈGE RAGARU, Du balkanisme à l’histoire transnationale des Balkans ? – à propos de Maria Todorova, Imaginaire des Balkans

ALBAN LEFRANC, La singularité de Kafka – à propos de Pascale Casanova, Kafka en colère

Le point sur
STÉPHANE HABER, Analyser le néolibéralisme aujourd’hui

Géographie de la critique
EDUARDO GUDYNAS, trad. N. Haeringer, La Pacha Mama des Andes : plus qu’une conception de la nature

Le portrait
JÉRÔME DESQUILBET et CHARLOTTE NORDMANN, Ivan Illich

Expérimentations politiques
NAJATE ZOUGGARI, La Case de Santé